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22 Jun

Animé de sport : du Grand n’importe-quoi et des Petites-perles

Publié par Spoil'R  - Catégories :  #Analyse sociologique de l'animé

Animé de sport : du Grand n’importe-quoi et des Petites-perles

Le manga de sport est pour moi une énigme depuis quelques années. Si j’ai pu découvrir ce genre avec Captain Tsubasa (Olive et Tom) dans mes jeunes années, j’ai accroché sans passion à ce dessin-animé : pourquoi ? Parce que pour moi un manga de sport doit quand même essayer d’attacher ses pieds dans une certaine dose de réalité. Mais je me suis rendu compte que si certains autres voyaient comme moi, quelques soient les époques, beaucoup cherchaient justement ce grand n’importe qui régnait dans ce style de manga ! Aujourd’hui même si avec des dessins-animé comme Hajime No Ippo j’ai l’impression d’avoir été entendu par certains auteurs, le manga de sport plus réaliste semble résigné à une vitalité plus difficile que le manga où l’anarchie règne !

Le « n’importe quoi » ça se vend !

A l’écriture de cette chronique quand je parle du « Grand n’importe quoi » j’ai cette image relayée par le Joueur du Grenier : un extrait du dessin-animé Prince Of Tennis dans lequel un simple smatch est dessiné symboliquement comme une pluie de météorites ayant détruit les dinosaures. Alors, qu’on me dise que c’est « une image, une expression » pour montrer la puissance de frappe par exemple : passe encore. Mais à certains moments comme celui-ci : les mecs vous avez mangé quels genres de champignons ? En quoi c’est une allégorie de voir les frères Tachibana (les frères Derrick dans Olive et Tom) sauter sur un poteau pour faire une « catapulte infernale » ? En quoi c’est une allégorie de voir Eyeshield 21 et Shin Seijuro se transformer en Super Saïan juste pour se foutre un spear tacle ravageant le stade ? Là on est dans l’abus. Il y a trois problèmes majeurs qui poussent selon moi les mangakas à tomber dans cette facilité. Ces mangas sont des shonens pour la plupart (manga pour garçon ado prioritairement) qui doivent faire concurrence à d’autres shonens qui eux ne sont pas obligés de s’ancrer dans le réel. Donc pour pouvoir lutter avec Naruto ou Dragon Ball on reprend leurs codes… Et Captain Tsubasa est l’un des animés fondateurs que désormais beaucoup reproduisent !

Oui ces « mangas-n’importe-quoi », c’est ce que certains puristes appelleraient du « commercial » dans d’autres domaines ! Reprendre des vieilles ficelles du shonen, mettre de l’explosion là où un mec fait juste une passe… Créer des faces à faces avec des auras de supers saïans entre deux joueurs, montrer un public en alerte comme si la planète était en danger, alors qu’ils ont entre 10 et 15 ans et que sincèrement, allez voir n’importe quel match de quartier, des enfants de cet âge ce n’est pas spectaculaire à voir… Créer des noms de jutsu pour faire un simple dribble ou une trajectoire de course : c’est céder à la facilité des codes shonens pour vendre. Et on ne peut que comprendre ce fonctionnement, puisque le public l’encourage. Le public a les mangas qu’il mérite : en tout cas le public japonais. Giant Killing est l’exemple type du manga de foot qu’on aurait aimé voir aller jusqu’au bout, nous les fans de réel ! Mais sans un public indéfectible, consommateur, Giant Killing n’a aucune chance de survie ! Parce que Giant Killing parle à des passionnés de football, à des puritains de la réalité… Et accessoirement davantage à des adultes… Sauf que le shonen privilégie d’abord les ados même si ces thèmes parlent tout autant aux adultes. L’animé de sport, c’est donc fréquemment le n’importe quoi qui marche et comme ça vend : et bien c’est ce style qu’on privilégie… Et si j’avais une boîte de production je trouverai ça parfaitement logique ! Et ce style fonctionne parfaitement puisque Captain Tsubasa ou Eyeshield21 sont des références du genre qui ont dépassé les 120 épisodes : très peu d’animés de sport peuvent s’en targuer.

Les mangas réalistes peuvent-ils lutter ?

De ce fait, des animés qui cherchent à préserver une certaines réalités tout en voulant survivre existent, ils essayent d’amener l’œuvre à pouvoir parler à ceux qui pratiquent ce sport tout en étant soutenu par un public plus vaste. Celui qui fonctionne le mieux dans ce genre est évidemment Hajime No Ippo ! Sensationnel mais capable de parler aux boxeurs ! Déjà les images allégoriques sont mieux maîtrisées, légèrement excessives mais pas abusives.

Il y a peu, j’ai vu la saison 3 d’Ippo où il affronte un boxeur « enfant de la mer comme lui ». Il a une image récurrente où il dit « je vais entrainer Ippo au fond de la mer ». Je commençais déjà à me plaindre de voir Ippo tomber dans les ressors du commercial : « non pas vous les mecs ! » Mais à côté de moi, un ancien boxeur regardait l’image et disait « d’accord il va commencer à avoir le corps lourd et il aura du mal à respirer en fait » s’appuyant sur le combat pour le dire ! Et effectivement, cet épisode se concluait exactement de cette manière ! Voilà une allégorie, une métaphore capable de retranscrire ce que l’on ressent en pratiquant un sport. Là ça marche ! Ippo c’est exactement ça ! Morikawa le créateur d’Ippo, ne cherche qu’à retranscrire des sensations pour que le profane les comprenne. C’est très loin des athlètes super Saïans ! Et les créateurs prennent le temps de dessiner et d’animer l’œuvre. Entre chaque saison on attend quasiment 5 ans mais au moins on n’est pas déçu quand l’œuvre sort. On ne tombe pas progressivement dans le n’importe quoi ! On parle de vraies histoires, de vraies ligues, de vrais entrainements… Pas d’un mec qui frappe dans des vagues pour créer un trou dans la mer !

Quand le sensationnel prend le spectateur pour un couillon

Il y a également dans ces mangas du sensationnel un manque constant du respect des sports qu’ils abordent. Au lieu d’être dans la description du sport et d’essayer de le présenter correctement, on est dans la caricature. Attaka Yu (Jeanne et Serge) nous montrait des entraineurs qui fouettaient leurs étudiantes… avec un vrai fouet ! Les mecs ! Sérieusement ! On n’est pas dans Princesse Sarah ! Dans Captain Tsubasa (encore lui), les attaquants défendent mieux que des défenseurs ! Est-ce que vous avez déjà vu Christiano Ronaldo venir défendre à la place de Sergio Ramos contre Lionel Messi toutes les deux minutes, durant tout un match et surtout défendre mieux que ces défenseurs ? Dans Captain Tsusaba c’est exactement ça ! Tsubasa (Olivier Atone) reviendra défendre contre Hyuga (Mark Landers) parce qu’il défend mieux que ses défenseurs… Mais putain les mecs sérieux ! J’ai presque envie de vous mettre un émoticône ! Dans Moero Top Striker (L’école des champions), une équipe fait du karaté et met des coups de coudes aux joueurs, où leur mettent un coup de pied retourné lors d’un duel en plein air… Mais c’est normal dira le public parce que : « ils font du karaté ! ». Sinon on a inventé un truc qui s’appelle « arbitre » non ? D’ailleurs les arbitres sont absents dans tous ces animés ! A quoi servent-ils ? Je n’en sais strictement rien du tout. Et puis ces confrontations de juniors qui s’affrontent dans des stades gigantesques devant 40 milles personnes ? Alors que dans la réalité, dans des vrais matchs de sénior en J-Ligues, les trois quarts des clubs triment pour remplir leurs stades ne serait-ce qu’à moitié.

Jusque-là, le football a été la plus grande victime de l’influence de Captain Tsubasa avec par exemple sa ridicule pâle copie qu’a été Moero Top Striker que j’ai toujours trouvé minable. Mais l’école des shonens de sport plus réalistes ont commencé à influencer le football. J’ai d’abord vu Area No Kishi qui essayait d’amener un tout petit peu plus de cohérence en introduisant le football féminin dans la parade… Déjà, c’était une bonne initiative. Et on a quand même des équipes avec des joueurs à leurs postes, ça cause stratégies, ça parle de hors-jeu, des règles sur la touche, de dispositifs tactiques. Mais bon, le gars qui se transforme en son frère parce qu’il a hérité de son cœur, le brésilien de 16 ans qui préfère venir jouer au Japon pour affronter un seul japonais qu’il a trouvé fort alors que le mec doit croiser des tueurs à tous les matchs au Brésil, le mec qui gagne et perd 35 kilos une fois par semaine… Il fallait bien gâcher la sauce.

Les perles récentes qu’on trouve

Heureusement, on a eu Giant Killing qui reste pour moi le meilleur animé de football malgré ses 25 épisodes seulement ! Et je milite toujours pour qu’il reprenne. Un coach qui a un style José Mourinho et dont on découvre les techniques de coaching pour gérer une équipe proche de la relégation. Les défenseurs font face à des attaquants et chaque poste est décrypté. Ensuite j’ai retenu Ginga E Kick-of qui vient seulement de s’arrêter lui aussi, à 39 épisodes. Dans celui-là, enfin, les enfants jouent sur des petits stabilisés et sur des petits terrains de quartier et galèrent à trouver ne serait-ce que 11 joueurs même pétés ce n’est pas grave. Enfin, on parle de football, enfin on n’est pas dans le spectaculaire mais dans des gestes et des actions réalistes. Pas d’explosions, pas de métaphores : de la mobilité, du déplacement et une animation propre c’est tout ce qu’il faut. Et même quand ils jouent dans un vrai stade c’est devant 3 parents et 4 détecteurs et la télévision comme Canal J quand elle va suivre la Danone Cup… Bref un stade au 95% vides. Et comme par hasard ce dessin-animé là s’arrête aussi ! Au bilan : Ginga E Kick Of ne dépasse pas les 40 épisodes quand Inazuma Eleven (un de ces manga qui fait le culte du n’importe quoi) dépasse la centaine : insupportable !

A l’heure actuelle, mon espoir réside donc sur Hajime No Ippo et Kuroko No Basket d’aller au bout de quelque chose. Certes Slam Dunk est la légende du manga de basket (et l’une des légendes du manga tout court) mais Kuroko No Basket m’a tout de suite davantage parlé… Peut-être parce que c’est plus moderne. Un petit peu dans la vibe d’Hajime No Ippo, Kuroko No Basket nous amène dans le monde du basketball japonais. Même si certains ressorts comme en début de saison 2 Taiga et son ami d’enfance qui lui fait du chantage affectif me gonfle (ce n’est pas réaliste bordel !), le reste est quand même séduisant. Cet animé fait vraiment le pont entre deux eaux, un petit peu surexagéré mais quand même on essaye de garder les pieds sur terre. C’est peut-être la formule qui comme Ippo, lui permettra d’aller plus loin que les autres. Le personnage de Kuroko rentre dans la vibe de ces personnages qui ne sont pas des foudres de guerre au début de la série (un peu comme Ôta Shô dans Ginga E Kick Off en moins pire) mais qui dispose d’une qualité prédominante qui lui permet d’être un joueur clé. La force de cette série c’est qu’on va donc pouvoir découvrir une palette de personnages, de matchs, de stratégies, des états d’esprits qu’on retrouve pas mal dans le Basket : et le concept de la « génération des miracles » est juste au top !

Ils s’arrêtent TOUS avant la moindre consécration !

Le problème majeur de l’animé de sport, ce que je lui reprocherai toujours et à tous (pour le moment), c’est qu’aucun, aucun, aucun n’est allé au bout, n’est arrivé à une consécration. Sachant que dans le sport la consécration surtout pour un pays comme le Japon c’est une victoire en coupe du monde (pas des juniors, la vraie coupe du monde) ! La faiblesse du genre est que tu ne peux pas avoir un scénario exceptionnel ou original, en tout cas, c’est difficile. Et soit les auteurs sont trop ambitieux soit ils trainent trop mais ils n’arrivent jamais à finir l’animé sur un vrai final. Eyeshield21 ne va même pas au moins jusqu’à la Christmas Bowl, on t’en parle tout le dessin-animé mais on termine sur une demi-finale insipide : n’importe quoi ! Les animés terminent en queue de poisson, et souvent on regarde certains épisodes et on se dit « si t’avais enjambé ce passage », « si Olivier avait parcouru le terrain en 20 secondes plutôt qu’en 10 minutes »… Je milite pour qu’on encourage davantage les animés de sport réalistes mais je milite surtout pour qu’au moins l’un d’entre eux aille au bout de quelque chose : une vraie fin, s’il vous plait enfin un jour ! Et vous ?

Le manga de sport est pour moi une énigme depuis quelques années. Si j’ai pu découvrir ce genre avec Captain Tsubasa (Olive et Tom) dans mes jeunes années, j’ai accroché sans passion à ce dessin-animé : pourquoi ? Parce que pour moi un manga de sport doit quand même essayer d’attacher ses pieds dans une certaine dose de réalité. Mais je me suis rendu compte que si certains autres voyaient comme moi, quelques soient les époques, beaucoup cherchaient justement ce grand n’importe qui régnait dans ce style de manga ! Aujourd’hui même si avec des dessins-animés comme Hajime No Ippo j’ai l’impression d’avoir été entendu par certains auteurs, le manga de sport plus réaliste semble résigné à une vitalité plus difficile que le manga où l’anarchie règne !

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Analystes, diagnosticiens, scalpeurs autoproclamés d'animés et de séries !